PPAM : quelles filières de diversification en bio ?

Le salon Tech&Bio / Med’agri des 16, 17 et 18 octobre 2018 a donné lieu à de nombreuses conférences, dont une sur les filières de diversification en PPAM bio.
Au sein de la filière PPAM, de nombreuses espèces de diversification semblent pertinentes à développer. Mais la diversification n’est pas toujours simple à maîtriser d’un point de vue technique, économique ou organisationnel. Quelles sont les potentialités du marché de chacune de ces espèces ? Quelle en est la faisabilité technique ? Plusieurs intervenants se sont succédés pour apporter des éléments de réponse : Claude Chailan (FranceAgriMer), Cédric Yvin (Chambre d’Agriculture de la Drôme), Mégane Véchambre (Agribio 04).

PPAM : des filières de diversification en bio ? - Claude Chailan (FAM)

Au niveau national, il existe plusieurs bassins de production des PPAM majeurs : PACA (lavande, lavandin, fleurs de Grasse, plantes aromatiques), Massif Central (cueillette de gentiane, narcisse, lichen, etc.), Bassin Parisien (plantes aromatiques ; thym, sarriette, origan, etc.), Champagne-Ardenne, Centre et Aquitaine (cultures intégrées de pavot, gingko), Corse (hélichryse) Pays de la Loire. Mais la filière a également tendance à se développer ces dernières années sur d’autres territoires (Occitanie, Centre et Ile de France, etc.). Les surfaces de PPAM ont connu une augmentation (toutes PPAM confondues) de 40% entre 2010 et 2016. On compte environ 120 espèces cultivées, 300 espèces au total avec la cueillette, et plus de 1500 produits (souvent plusieurs produits à partir d’une même espèce) dont les usages peuvent être très différents (parfum, aromathérapie, cosmétique, herboristerie, compléments alimentaires, etc.), médicament, et qui impliquent donc des opérateurs économiques eux-aussi différents. Ce sont souvent des filières longues (via des grossistes, fabricants d’extraits, industries) mais la commercialisation peut aussi s’effectuer en circuits courts. A noter que 80% des surfaces de PPAM (conventionnelles et bios) sont occupées par la lavande, le lavandin, la sauge sclarée et le pavot.

Environ 20% de la production de PPAM au niveau national est bio (hors pavot en culture intégrée avec SANOFI pour la production de morphine), soit 8000 ha en 2017, et cette tendance est à l’augmentation. On retrouve la lavande, le lavandin et la sauge sclarée qui à elles trois représentent un peu plus de 50% des surfaces bios, qu’on trouve en majeure partie dans le Sud de la France (PACA, AuRA, Occitanie).

Plusieurs études ont récemment montré une demande de "naturalité" chez les consommateurs, qui touche la plupart des secteurs d’utilisation des PPAM : alimentaire, cosmétique, parfumerie, bien-être... C’est ce qu’on retrouve notamment dans une étude commanditée par l’État sur les comportements alimentaires de demain.

Quelques exemples de secteurs porteurs :
- la cosmétique bio : une étude de l’IFOP montre que près de 6 Françaises sur 10 ont acheté au moins un produit cosmétique ou d’hygiène bio l’an dernier, soit une proportion qui a quasiment doublé en huit ans : 58% en 2018, contre 33% en 2010
- l’aromathérapie bio : le chiffre d’affaires de 5 entreprises françaises importantes (fournisseurs d’huiles essentielles), cumulé, qui était de moins de 35 millions € en 2009, est passé à plus de 117 millions € en 2015. Cela représente une augmentation de + 237 % et une évolution moyenne annuelle +20% par an (source : societe.com).

Toutefois, bien que le marché soit globalement porteur et que les prix soient relativement stables (cf. graphique), la diversification ne s’improvise pas. Il faut au préalable s’assurer de :
- l’accès au marché (en sachant qu’il existe une concurrence de pays qui ont des avantages comparatifs en termes de main d’œuvre, itinéraires techniques, normes)
- la disponibilité du matériel végétal (gros manque de pépiniériste au niveau national)
- des investissements spécifiques et parfois hors catalogues
- acquérir un savoir-faire technique de production et de transformation(s)
- connaître la réglementation : une par usage en vente directe !

Faisabilité d’itinéraires techniques de culture de PPAM bio en trois exemples - Cécric Yvin (CA26)

Le lavandin bio pour l’huile essentielle en circuit long

Quelques éléments clés :
Débouché visé : huile essentielle (lessives, savons)
Surfaces cultivées en France : > 21.000 ha ( 10 % en bio)
Durée de vie de la culture : 10 ans
3 ans de conversion si passage en bio après plantation
Matériels spécifiques nécessaires : bineuse, récolteuse et une distillerie à proximité
Points clés de la réussite de la culture :
- La gestion des adventices
- Contenir le dépérissement à phytoplasme
- Le chantier de récolte / distillation
Spécificité / difficultés de la culture en bio : le désherbage.

Itinéraire technique :
- Plantation (hybride stérile) : plants racines nues ou mini-mottes, 7000 à 10 000 plants/ha, possibilité de planter des plants sains certifiés, 2000 - 2500€ /ha
- Fertilisation : culture peu exigeante en N (50 U max) mais soigner la fertilisation en K (50 U), puis en P (30 U). Apport conseillé de 15 t/ha de compost avant plantation. Possibilité d’apporter des engrais organiques bio homologués en sortie d‘hiver (mais chers). Utilisation croissante d’engrais foliaires.
- Gestion des adventices : rotation, travail du sol avant plantation, désherbage mécanique préventif (herse étrille) et de rattrapage (bineuses)
- Récolte - distillation : rendement de 0 (année de plantation) à 150 kg HE/ha
- Commercialisation : prix d‘achat 27 €/kg HE

Indicateurs technico-économiques :
Produit brut /ha : de 0 (année plantation) à 4000€ en année de croisière
Temps de travaux /ha : 70h année de plantation, 20h en année de croisière
Charges totales : 1800€/ha/an en moyenne sur la durée de vie de la culture
Marge brute : 2000€/ha/an en moyenne sur 8 années, en rémunérant la main
d’œuvre producteur 15€/h

Le thym bio pour l’herboristerie en circuit long-demi-long

Quelques éléments clés :
Débouché visé : herboristerie sèche (herbe de Provence)
Surfaces cultivées en France : > 150 ha
Durée de vie de la culture : 7 ans
3 ans de conversion si passage en bio après plantation
Matériels spécifiques nécessaires : bineuse, récolteuse et un séchoir ventilé
Points clés de la réussite de la culture :
- La gestion des adventices
- le chantier de récolte / séchage / battage
Spécificité / difficultés de la culture en bio : le désherbage (++) → privilégier le rangs simple.

Itinéraire technique :
- Plantation ou semis direct (mais plutôt en conventionnel) : 15.000 à 20.000 plants / ha si plantation, 2250€ (racines nues – 15.000 plts/ha) à 4400€ (mini(mottes - 20.000 plts/ha) par ha
- Gestion des adventices : même chose qu’en lavandin, attention car plants moins couvrants donc potentiellement plus de désherbage sur le rang, désherbage manuel de 30 à 150 h/ha selon les cas
- Récolte - séchage - battage : rendement de 0 à 900 kg sec de parties aériennes/ha
600 kg/ha brut de batteuse = 450 kg/ha de feuilles sèches battues triés
- Commercialisation : prix d‘achat de 5€/kg partie aérienne sèche à 11€/kg feuilles sèches battues triées

Indicateurs technico-économiques :
Produit brut /ha : de 0 (année plantation) à 4500€ en année de croisière (parties
aériennes) ou 9900 € (feuilles sèches battues triées)
Temps de travaux /ha : 140h année de plantation, 45h en année de croisière
Charges totales : 1900€/ha/an en moyenne sur la durée de vie de la culture
Marge brute : 2200€/ha/an (parties aériennes) ou 4800€/ha/an (fs battues triées)
en moyenne sur 8 années, en rémunérant la main d’œuvre producteur 15€/h

Forces :
- Marché porteur et thym bio origine France recherchée
- Nouvelle IGP « Thym de Provence »
- Investissement séchoir bien moindre qu’une distillerie
- Programme Herbo Bio Méditerranée
Faiblesses :
- Désherbage difficile
- Du temps à passer pour séchage et battage (et tri)
- Changement climatique

Un atelier PPAM diversifié pour les circuits courts

Quelques éléments clés :
Marché visé : plantes sèches (tisanes), alimentaire, huile essentielle, hydrolats,
cosmétique
Débouché : magasins de producteurs, marchés, foires, magasins bio, AMAP, vente
par Internet, vente à la ferme
Surfaces cultivées strict / 1 ETP : environ 2000 m2
Souvent 20 espèces cultivées, voire plus
3 métiers : produire / transformer / vendre
Matériels de culture nécessaire : motobineuse, houe maraîchère, binette, (motoculteur), faucille, sécateur...
Matériels de transformation nécessaires : séchoir à claies avec déshumidificateur, petits alambics, laboratoire de transformation
Points clés de la réussite : la gestion des adventices / transformation / compétences commerciales

Indicateurs technico-économiques :
Main d’œuvre : 1 ETP + aide familiale + aide stagiaire en saison
Surfaces : 2000 m² de PPAM cultivées + parcelles fourrage (rotation) soit 1 ha
Volumes : plantes sèche diversifiées : 150 kg produits / an
Investissements de départ : variables
- Production : serre, irrigation goutte à goutte, toile tissée, houe maraîchère,
pioche, faucilles, sécateurs...
- Transformation : séchoir 30 m² de claies auto-construit + déshumidificateur (3000€), alambics 50l et 300l d’occasion (5000 + 15 000€), labo de transfo (balances, tamis, hache paille, mixeur, ,sachets kraft, verrerie…)
- Commercialisation : véhicule utilitaire, frais d‘emplacements de marchés et foires, gazoil, site internet...
CA : 40 k€ au bout de 5 ans

Forces :
- Marché porteur (naturel, aromathérapie)
- Pas besoin de grandes surfaces ni d‘investissements importants
- La certification bio est un réel atout pour la commercialisation (voire le minimum requis)
Faiblesses :
- Travaux manuels
- 3 métiers nécessitant des compétences variées
- La concurrence se développe de + en + entre les producteurs, selon les secteurs.

A noter : une étude est actuellement en cours avec Agribio04 sur l’acquisition de références techniques et économiques des exploitation diversifiées en PPAM (circuits courts et circuits longs).

Le programme Herbo Bio Méditerranée - Mégane Véchambre (Agribio04)

Pour en savoir plus : par ici !