Visite des essais de blé bio : un joli succès pour l’édition 2017 et du concret pour la filière

2 juin 2017

Par Mathieu Marguerie

Plus de soixante participants étaient réunis le 2 juin dernier pour la traditionnelle visite des essais de blés biologiques à Mane organisée par Agribio 04, Arvalis et le Parc du Luberon.

Barbus, pas barbus, hauts ou courts en paille, productifs ou qualitatifs, modernes ou plus anciens…cette année encore le panel des blés qu’ont pu visiter les professionnels de l’agriculture à Mane était très varié. Entre les traditionnels Togano, Soléhio, Arezzo ou Valbona, les participants ont pu également juger sur pied la Saissette de Provence, le Rouge de Bordeaux ou encore le Khorazan, des variétés dîtes paysannes, c’est-à-dire sélectionnées par des agriculteurs. La matinée a donc commencé à l’ombre pour expliquer la finalité de ces essais et le déroulé du programme financé par la Fondation de France, la Région PACA et le Conseil départemental 04. Initié en 2014 sous l’impulsion d’un groupe motivé d’agriculteurs biologiques des Alpes de Haute Provence, le projet vise à identifier des variétés de blé adaptées au bio, aux conditions pédoclimatiques de la région et à une panification de qualité. Cette année, 23 variétés modernes et paysannes sont donc étudiées de près par Agribio 04 et Arvalis.

Des variétés aux performances agronomiques très différentes

Quantification et explication du rendement, sensibilité aux maladies, hauteur en paille, capacité de recouvrement du sol… les notations au fil de l’année sont nombreuses et permettent une caractérisation fine du comportement agronomique des variétés. Les résultats accumulés sur les deux premières années d’essais sont déjà instructifs. Ainsi, l’an dernier, les variétés modernes, plus productives que les paysannes, car sélectionnées sur la composante fertilité d’épis, ont maximisé leur rendement du fait de l’irrigation (41 qtx/ha en sec ; 47 à l’irrigué). A contrario, les variétés paysannes ont eu comme particularité un rendement stable quel que soit leur régime d’irrigation (30 qtx/ha au sec et à l’irrigué). Ces résultats doivent être répétés pour être confirmés ou infirmés, d’où l’importance de la campagne en cours, marquée par des gels d’épis ou de la stérilité de pollen à la méiose du fait des très froides températures d’avril et par des risques d’échaudage avec les fortes températures de juin. Afin de compléter la représentativité des résultats, des agriculteurs ont également semé en bandes des variétés sur leur exploitation dans des environnements de travail et pédoclimatiques différents. Outre les aspects agronomiques, la panification fait également l’objet de l’attention du programme. L’ensemble des variétés fait ensuite l’objet de tests de panification menés par Arvalis ou par les boulangers et paysans boulangers locaux. Des séances d’analyse sensorielle des pains issus de la moisson des essais 2016, ou de paysans boulangers du Luberon et de la Haute Provence ont permis d’identifier la récurrence de saveurs d’épices, de cannelle ou de vanille propres aux variétés paysannes cultivées en bio en région PACA. Cette typicité encourage les producteurs à parler aujourd’hui de « terroir panicole ».


Les producteurs visitent la plate forme des essais de blés bio le 2 juin dernier

Du concret pour la filière

La matinée a été également l’occasion d’échanges sur le développement des filières et des marchés pour les producteurs. Si les variétés paysannes suscitent l’intérêt des producteurs, de boulangers et de meuniers bios locaux, un important travail de structuration de la filière reste à faire, en coordination avec tous ses acteurs potentiels. En termes de volume, Agribio 04 estime, avec l’enquête des moulins bios de la région intéressés, le potentiel de développement des surfaces d’environ 300 ha d’ici 5 ans au niveau régional. Ces surfaces représentent un peu moins de 10% de la surface actuelle totale en blés biologiques en PACA et doivent donc être considérés par les agriculteurs comme une opportunité de diversification intéressante en coexistence avec les débouchés actuels qu’offrent les coopératives et organismes stockeurs, bien plus conséquents en volumes. Autrement dit, cette filière reste modeste en taille et son développement mérite d’être contrôlé pour être durable. Les premières bases d’une charte reliant tous les acteurs de la filière ont été discutées en fin de réunion en abordant notamment la question du niveau de rémunération des variétés paysannes pour garantir leur attractivité économique pour les producteurs. Leurs rendements moindres que les modernes engendrent des coûts de production de 30 à 50% supérieurs par rapport à des blés classiques. De nombreux autres points ont été mis sur la table comme la nécessaire qualité sanitaire des semences (traitement contre la carie notamment) ou la disponibilité de ces variétés. Ces éléments, qui seront travaillés par les acteurs intéressés de la filière dès la rentrée sont autant de futures garanties pour qu’aux côté des variétés modernes, les paysannes représentent une opportunité économique de diversification pour les producteurs, tout en répondant à la demande des consommateurs.

mathieu.marguerie@bio-provence.org

L’agenda du projet
- 5 Septembre à 14h à Forcalquier : restitution des résultats agronomiques de l’année écoulée

Pour aller plus loin :
- Reportage de France 3 PACA sur la visite des essais de blés bio
- Consulter les résultats de la moisson 2016
- Consulter les résultats de la moisson 2015