Avec ou sans irrigation : quelles stratégies pour implanter les couverts estivaux en région PACA ?

Par Mathieu Marguerie

La moisson des céréales finie, les préoccupations vont maintenant se tourner, entre autres, vers l’implantation des couverts végétaux, notamment dans les parcelles qui accueilleront leur prochaine culture en fin d’hiver ou au printemps 2020. Quelques préconisations et résultats issus des essais menés par Agribio 04 et ses partenaires dans le cadre d’un financement européen et du Conseil régional PACA.

L’implantation des couverts végétaux en aout ou septembre est un objectif de plus en plus partagé par les producteurs pour couvrir le sol en attendant une culture de fin d’hiver (pois chiche) ou de printemps (soja, tournesol, maïs). Les couverts permettront entre autres de capter l’azote présent dans le sol – ou d’en apporter dans le cas des légumineuses- afin de le restituer à la culture suivante et de lutter contre l’érosion potentiellement importante avec les pluies régulièrement abondantes à l’automne. Ceci étant dit, le choix des couverts et leur mode d’implantation n’est pas évident, surtout en l’absence d’irrigation en climat méditerranéen. Pour mieux identifier les stratégies gagnantes, Agribio 04 anime un projet expérimental FEADER (2017-2020) . Depuis deux ans maintenant, une plateforme de couverts végétaux est installée à Gréoux-Les-Bains chez Marc Richaud, en bord de Durance (terrains limono-sablo-argileux). Les couverts sont semés, avec et sans irrigation, fin aout pour une destruction au printemps. Les deux premières années d’essais se sont déroulées dans des climats très différents, mais marqués par une sécheresse à l’implantation des couverts en absence d’irrigation :
-  Campagne 2017-2018 : sécheresse très importante jusqu’en novembre ; pluies hivernales permettant de recharger les réserves ; températures importances en avril 2018 favorisant la reprise de biomasse.
-  Campagne 2018-2019 : sécheresse en septembre 2018 puis températures froides et prolongées jusqu’à la destruction, provoquant d’importants gels sur les couverts et empêchant toute reprise de biomasse au printemps.

Les conditions pour favoriser la levée

Dans le quart sud-est, l’irrigation est un facteur central de réussite de la levée des couverts, assurant par exemple en septembre 2018, 40% de levée supplémentaire par rapport à des modalités sans arrosage. En présence d’irrigation, les stratégies optimales consistent à réaliser des semis précoces (vers le 15-20/08), suivies de deux à trois arrosages permettant de sécuriser la levée et la prise en biomasse des couverts. En l’absence d’irrigation, il conviendra de retarder la date de semis pour éviter une levée sans eau derrière, sans toutefois dépasser la mi-septembre, pour favoriser le développement de couverts avant les nuits fraiches. Par ailleurs, la proportion de couverts à petites graines (trèfles, radis) devra être réduire dans les semis sans irrigation où il est conseillé de privilégier majoritairement des semences avec des PMG de 40g.

Atteindre 3 T de MS/ha pour limiter le salissement

Le risque de salissement est relativement important en système sans herbicide du fait de la précocité de semis des couverts et/ou de conditions insatisfaisantes pour réaliser des faux-semis. Le choix d’espèces rapidement couvrantes est donc particulièrement important pour avoir le moins de terre nue le plus tôt possible. En la matière, les semis de 2018 ont permis d’identifier deux stratégies complémentaires : implanter des mélanges, avec une proportion importante de crucifères (Figure 1). Ces dernières ont la capacité de couvrir rapidement le sol précocement au stade rosette, puis ensuite d’étouffer les adventices par leur importante biomasse aérienne (4T de matière sèche par ha pour le radis chinois fin 2018).


Figure 1 : évolution du recouvrement des couverts entre septembre et novembre 2018 pour des semis de fin aout 2018. Mélange 1 : féverole 100 kg/ha, vesce mariana 30, trèfle violet : 15 ; Mélange 2 : féverole 100 kg/ha, vesce Barvicos : 60 ; Mélange 3 : ers : 100 kg/ha, seigle : 30, radis : 10

Les couverts végétaux ayant la capacité de s’installer rapidement, puis ensuite de produire une importante biomasse aérienne ont été, dans l’essai implanté en 2018, les mieux armés pour éviter le salissement post-hivernale après les gels de janvier. En présence d’irrigation, les couverts ayant atteint 3 T MS/ha avant les gels (radis fourrager, radis chinois, mélanges incluant du radis) ont permis de limiter l’enherbement printanier à moins de 1T de MS/ha (Figure 2). Pour atteindre le même résultat en termes de salissement en l’absence d’irrigation, il semble que la biomasse nécessaire développée par les couverts soit d’avantage aux alentours de 2.5 T de MS/ha, l’arrosage ayant aussi favoriser le développement des mauvaises herbes. Néanmoins, hormis les radis aucun couvert sans irrigation en 2018 n’a pu atteindre cette biomasse avant l’hiver (Figure 3).


Figure 2 : biomasse des adventices au printemps en fonction de la biomasse des couverts végétaux avant gel (essai 2018).


Figure 3 : biomasse aérienne des couverts en novembre (semis fin aout 2018).

L’irrigation, une sécurité pour favoriser la biomasse

A date de semis égale, l’irrigation a permis sur les deux premières années d’essais d’augmenter la biomasse d’en moyenne 160%. Le gain moyen de biomasse, autour de 0.7T MS/ha a été plus marqué en 2017, année de forte sécheresse. La figure 4 permet de distinguer les couverts présentant les meilleurs potentiels de biomasse avec et sans irrigation, au regard des deux premières années de résultats. On distingue :
-  Les couverts tolérants à l’absence d’irrigation ayant des potentiels moyens de biomasse en sec et en irrigué (cercle rouge) : ers, vesces mariana et pourpre.
-  Les couverts performants avec irrigation et peu performants sans (cercle bleu) : féveroles.
-  Les couverts performants sans arrosage et valorisant très bien l’irrigation (cercle vert) : seigle et radis chinois.
-  Les couverts peu performants avec et sans irrigation (cercle marron).


Figure 4 : biomasses des couverts avec et sans irrigation (essais 2017-2018 et 2018-2019). Les points situés sur la droite en pointillés bleus ont la même biomasse avec et sans irrigation. Plus ils sont au-dessus de la droite, plus leur biomasse est supérieure avec irrigation comparativement à sans et inversement.

Au final, que choisir ?

Les deux premières années d’essais ont permis, par des climats contrastés, d’identifier le comportement des couverts en conditions méditerranéennes (Figure 5). Néanmoins, une dernière année d’essais viendra apporter de nouveaux éléments, en particulier sur les mélanges adaptés. Ces derniers sont conçus avec :
-  Des espèces intégralement gélives avant implantation de culture de fin d’hiver précoces (pois chiches) : Vesce de printemps/radis ; moutarde/radis.
-  Une association d’espèces gélives (crucifères et légumineuses) et non gélives (vesces) afin de combiner une occupation rapide du sol et de profiter d’une éventuelle reprise de biomasse au printemps avant des cultures à semis tardifs (maïs, soja) : féverole/avoine/fénugrec ; ers/avoine/radis ; féverole/ers.


Figure 5 : Tableau de clé de choix des couverts végétaux

Pour aller plus loin :

Retours d’expériences sur l’insertion des couverts végétaux en région PACA

Page dédiée au projet


PEI « Couverts végétaux sans herbicide dans les filières PPAM et grandes cultures en conditions méditerranéennes ». mesure 16.1 du FEADER. Partenariat Bio de PACA, Agribio 04, Arvalis, CRIEPPAM, Chambre d’Agriculture 04, ITAB, Atelier Paysan, ISARA, Supagro, Exploitations des lycées agricoles de Valabre et La Ricarde.