Le réseau des agriculteurs et agricultrices Bio
de Provence-Alpes-Côte d'Azur

Impact d’une augmentation du prix du blé sur le prix des produits finis

Dans le cadre du projet ECOPHYTO Blé Paysan BIO, Agribio 04 s’est intéressé à la part du blé dans la valeur ajoutée des produits transformés. L’un des objectifs de la filière Blé Paysan BIO est de garantir un juste prix du blé aux producteurs, décorrélé des cours mondiaux, afin de sécuriser la rentabilité des fermes et un approvisionnement durable en matières premières biologiques et locales.
L’analyse ci-dessous vise à évaluer l’impact d’une augmentation du prix du blé sur le prix des produits finis, afin de mettre en perspective le poids réel de la matière première agricole dans le prix payé par le consommateur.

Références utilisées et hypothèses de calcul

Le prix du blé

Pour cette analyse, nous retenons à titre de comparaison un prix du blé dit « classique » (variétés modernes destinées aux filières longues) fixé à 300 €/t.
Sachant que le rendement moyen du blé moderne biologique en région PACA est d’environ 3 t/ha, ce prix correspond à un chiffre d’affaires de 900 €/ha, niveau jugé très défavorable à la rentabilité des fermes en agriculture biologique.
À l’inverse, le blé issu de variétés paysannes - désigné ici comme Blé Paysan BIO - est valorisé en région PACA à au moins 800 €/t dans les filières organisées (la valorisation pouvant être plus élevée en vente directe).
Avec un rendement moyen estimé à 2 t/ha, ces Blés Paysans BIO génère un chiffre d’affaires d’environ 1 600 €/ha.
La différence de prix entre un blé « classique » et un Blé Paysan BIO est donc de 500 €/t, soit 0,50 €/kg.

Références sur la farine

Pour cette étude, les farines considérées sont commercialisées entre 1 et 2 €/kg (les farines issues de paysans-meuniers étant généralement vendues à des prix supérieurs).
À ces prix de base est ajoutée la différence de prix du blé, en tenant compte d’un rendement de mouture de 80%, pour une farine T80.
Ainsi, une différence de 0,50 €/kg de blé correspond à une augmentation d’environ +0,63 €/kg de farine.

Références sur le pain (baguettes et pains spéciaux)

Pour les baguettes issues de farines « classiques », nous retenons un prix compris entre 1,10 € et 1,25 € par baguette de 250 g, soit 4,40 € à 5,00 €/kg.
Pour les pains spéciaux, les prix retenus varient de 4,50 €/kg à 8,00 €/kg.
L’impact de la hausse du prix du blé est estimé en considérant que 1 kg de blé permet de produire environ 1 kg de pain, en intégrant à la fois le rendement de mouture et l’hydratation lors de la panification.

Références sur les biscuits)

Nous prenons l’exemple de biscuits dont le prix de vente varie entre 8 et 25 €/kg.
L’impact du prix du blé est calculé en ajoutant la différence de prix de la farine, en considérant qu’un kg de farine correspond approximativement à 1 kg de biscuits.

Impact de l’évolution du prix du blé sur les produits finis

Une différence de 500 €/t entre un blé « classique » et un Blé Paysan BIO représente une augmentation de 167 % du prix de la matière première.
Cette hausse se répercute de manière différenciée selon le niveau de transformation du produit :

  • Farine : +31 % à +63 % sur le prix final
  • Baguette : +10 % à +11 %
  • Pain spécial : +6 % à +11 %
  • Biscuits : +3 % à +5 %

Ces résultats montrent que plus un produit est transformé, plus la part de la matière première agricole est faible dans le prix de revient final, la majorité de la valeur ajoutée provenant alors des étapes de transformation (meunerie, boulangerie, main-d’œuvre, énergie, distribution...).

Et côté consommateur ?

En France, la consommation moyenne de pain est estimée à 95 g par jour et par personne (Grands Moulins de Paris, 2020), soit environ 36 kg par an.
Dans l’hypothèse où le pain issu de Blé Paysan BIO serait vendu 0,50 €/kg plus cher qu’un pain classique, cela représenterait un surcoût annuel d’environ 18 € par personne.

Les prix du blé, de la farine, du pain et des autres produits transformés dépendent des Prix de Revient propres à chaque acteur, lesquels varient selon de nombreux facteurs (charges de production, volumes produits, niveau de mécanisation, amortissement des investissements...). Il est donc essentiel de ne pas se limiter à une comparaison des prix, mais de prendre en compte les conditions de production et les modèles sous-jacents.

Transparence et communication : la réussite des filières ?

L’enjeu central de la structuration de filières équitables réside dans la transparence de la répartition de la valeur ajoutée entre les différents acteurs, ainsi que dans la sensibilisation des consommateurs à l’impact de leurs choix d’achat sur la pérennité des productions agricoles locales et biologiques.

Une étude conduite par Damien FORNENGO, Chargé de missions en grandes cultures biologiques chez Agribio 04. Action réalisée dans le cadre du projet ECOPHYTO Blé Paysan BIO, avec le soutien financier de l’Office Français de la Biodiversité.